Une menace majeure : comprendre l’ampleur des feux de forêts dans le Var

Le département du Var, avec ses 401 000 hectares boisés (source : DREAL PACA), est chaque été en première ligne face au risque incendie. Certains étés, près de 50% des surfaces brûlées en France sont concentrées en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, et le Var porte, de mémoire de pompiers, la cicatrice de dizaines d’incendies majeurs — 24 000 hectares perdus en 2003, plus de 7 000 en 2017 (Préfecture du Var). Face à ce fléau, la prévention prime autant que les interventions.

En 2021, le nombre d’hectares détruits a chuté dans le Var, grâce à une action de terrain renforcée et, surtout, une vaste mobilisation de tous les acteurs. Mais ce résultat positif n’est jamais acquis : l’enjeu reste considérable, alors que les épisodes caniculaires s’intensifient et que les départs de feu causés par l’activité humaine (90% des cas selon Météo France) ne faiblissent pas.

Les fondamentaux de la prévention : réglementation et aménagement du territoire

Le débroussaillement obligatoire (OLD) et sa mise en œuvre

C’est sans doute le levier le plus efficace et le plus visible aux yeux des Varois : la réglementation rend le débroussaillement obligatoire (appelé « OLD » – Obligation Légale de Débroussaillement) sur l’ensemble des zones sensibles du département. Ce geste, souvent perçu comme une contrainte, sauve des maisons chaque été.

Les propriétaires doivent ainsi réduire la végétation sur 50 mètres autour de leur habitation (et 10 mètres de part et d’autre des voies d’accès), afin de limiter la propagation du feu et de faciliter l’accès aux secours. En 2023, 32 000 contrôles ont été réalisés dans le Var selon la DDTM 83, aboutissant à plus de 2 000 mises en demeure et une centaine de procès-verbaux.

  • Pourquoi cette règle ? Parce qu’un jardin ou une pinède non débroussaillés sont de véritables poudrières : la végétation sèche transmet la flamme à la vitesse d’un piéton courant.
  • Anecdote : Le feu de Gonfaron (2021) s’est amplifié à cause de problématiques de débroussaillement partiel autour de certaines propriétés, selon le rapport du SDIS 83.

Plan de prévention des risques incendie de forêt (PPRIF)

Le PPRIF (Plan de Prévention des Risques Incendie de Forêt) conditionne les permis de construire, encadre l’urbanisation et vise à éviter l’implantation ou l’extension de zones habitées dans les zones les plus exposées au risque feu de forêt. Dans le Var, 117 communes sont soumises à un PPRIF à jour au 1er janvier 2023 (source : Préfecture du Var).

Le maillage de surveillance : vigies, patrouilles et moyens technologiques

Vigies et tours de guet

Chaque été, 60 postes de vigies fixes, répartis de l’Estérel à la frontière du Vaucluse, surveillent 350 000 ha sensibles. Les vigies, tenues par des agents forestiers et des bénévoles, communiquent en temps réel toute fumée suspecte. Ces sentinelles humaines sont le premier maillon d’alerte : dès qu’un panache se détache, la ronde de surveillance bascule en mode alerte.

Rondes de surveillance mobiles

Aux côtés des vigies fixes, 40 à 60 patrouilles, motorisées (véhicules légers tout-terrain ou VTT), sillonnent les massifs pour prévenir toute imprudence et intervenir directement sur de petits départs de feu (source : DFCI Provence-Alpes-Côte d’Azur).

Des équipes spécifiques, notamment les patrouilleurs bénévoles de la DFCI et du Comité Communal Feux de Forêt (CCFF), peuvent, lors de leur passage, conseiller, interpeller, ou même repousser des campeurs égarés.

Technologies et innovation

La surveillance par drone gagne du terrain depuis 2019 : sur plusieurs massifs sensibles (notamment le massif des Maures), les communes et le SDIS 83 déploient ponctuellement des drones pour la détection rapide de l’inflammation ou d’actes suspects. La plateforme satellitaire Copernicus (ESA) est aussi mobilisée pour cartographier les zones de risque.

  • Les caméras thermiques, installées sur certains points stratégiques (exemple : massif de l’Estérel), complètent les patrouilles de terrain.

Les restrictions et fermetures d’accès pendant l’été

Chaque été, pour éviter les risques d’incendie liés à l’afflux touristique, l’accès aux massifs forestiers du Var est très réglementé. Selon le niveau de risque diffusé par la préfecture (voir carte journalière sur le site de la préfecture du Var), sentiers, routes et parkings d’accès à près de 150 000 hectares de forêts sont fermés, parfois plus de 50 jours dans la saison.

  • En 2022, la fermeture a concerné jusqu’à 8 massifs simultanément, un record sur les dix dernières années.
  • Les panneaux d’interdiction, les barrières physiques et la surveillance renforcée permettent de limiter la fréquentation et les imprudences (feux, mégots, barbecues).

Selon un rapport de l’ONF, 60% des départs de feu sont constatés en bordure de sentiers ou routes, d’où l’importance de bloquer ces accès lors de pics de risque.

Information, prévention citoyenne et sensibilisation

Campagnes de communication et opérations locales

Sensibiliser reste l’arme la plus puissante à long terme. Tous les étés, la préfecture, le SDIS 83, l’Office National des Forêts et les communes multiplient les campagnes :

  • Affiches et panneaux d’information multilingues sur les plages, campings, mairies.
  • Distribution de guides et flyers de prévention, présence d’ambassadeurs dans les marchés et manifestations estivales.
  • Initiatives locales : « Les mercredis verts », journées portes ouvertes du SDIS, interventions dans les écoles (plus de 2500 élèves sensibilisés en 2023).

Rôle des associations et collectifs bénévoles

Le Var compte près de 150 Comités Communaux Feux de Forêt (CCFF), associations de bénévoles qui patrouillent, informent, et assistent les populations lors d’épisodes critiques. Leur force ? Une fine connaissance du terrain, une mobilisation immédiate, et une mémoire locale de la gestion du risque.

Les moyens de lutte pré-positionnés et l’anticipation opérationnelle

Pré-positionnement des moyens et coordination interservices

Dès juin, les plans ORSEC « feux de forêts » s’activent, avec une montée en régime impressionnante :

  • Jusqu’à 3000 pompiers mobilisables en quelques heures dans le département.
  • 60 engins feux de forêts prépositionnés aux points les plus sensibles.
  • Renforts zonaux venus de la Drôme, Alpes-Maritimes, ou même de l’Ouest en cas de risques majeurs.

L’activation du Centre Opérationnel Départemental d’Incendie et de Secours (CODIS 83) garantit une gestion des alertes en temps réel, avec partage d’images, de données météo et de bilans de terrain.

Moyens aériens

Le Var bénéficie d’une présence renforcée de moyens aériens :

  • Une flotte nationale positionnée à Solenzara ou Marignane (Canadair, Dash, Trackers), prête à intervenir en moins de 20 minutes.
  • 63 largages sur le seul feu des Maurettes en juillet 2022, soulignant la rapidité de réaction permise par ce dispositif.

Selon la Sécurité Civile, le Var bénéficie du plus fort taux d’interventions aériennes « préventives » (en attente de propagation) de France.

Éducation et implication : donner à chacun un rôle dans la prévention

La prévention n’est pas l’apanage des institutions et des ambassadeurs bénévoles. Elle repose sur la capacité des habitants et vacanciers à intégrer de simples gestes :

  • Éviter tout barbecue, cigarette, ou usage de machine susceptible de produire des étincelles en forêt.
  • Respect des arrêtés de fermeture, signaler tout comportement suspect ou départ de feu au 18 ou 112.
  • Être attentif à l’état de débroussaillement de son propre terrain.

Selon une étude de l’INRAE, sur 1 000 personnes sensibilisées chaque année dans le Var, 70% modifient concrètement leurs habitudes après une session d’information. Ce chiffre encourageant souligne que la pédagogie sur le terrain demeure un enjeu crucial.

Un laboratoire national de la prévention et de l’innovation

Le Var est souvent cité comme modèle dans la prévention en France : expérimentation de nouvelles pratiques (utilisation du brûlage dirigé hors saison, tests de plantations de pare-feu avec végétation peu inflammable, etc.), mutualisation des moyens de secours, et implication de tous les niveaux de collectivités.

La coordination entre Etat, SDIS, ONF, DFCI, CCFF, élus et habitants du Var démontre que la prévention en matière de feux de forêts ne s’improvise pas : c’est un effort collectif, permanent, et évolutif, qui tire toutes les leçons du passé à chaque nouvel incendie.

Face à la pression du changement climatique et à la multiplication des épisodes extrêmes, chaque acteur — du riverain au sapeur-pompier professionnel, du touriste à l’élu communal — occupe une place essentielle pour bâtir la résilience du territoire.

Pour aller plus loin : les sites des services de l’Etat, du SDIS 83, et de l’ONF proposent des documents pédagogiques et des cartes à jour.