La réalité des feux de forêts varois : contexte et chiffres

Le Var est l’un des départements les plus touchés de France par les incendies de forêt. Selon la DDTM 83, sur la période 2003-2022, il s’est produit plus de 3440 feux pour plus de 23 000 hectares brûlés dans le seul département (Risque Prévention Incendie). L’été 2017 reste encore gravé dans les mémoires : plus de 7 000 hectares sont partis en fumée entre le Luc, Bormes-les-Mimosas ou Ramatuelle.

  • Plus de 386 communes sont classées à risque “Feu de forêt” dans le Var (source: Préfecture du Var).
  • En 2022 : 336 départs de feu ont été recensés dans le département pour 538 hectares brûlés (source : ONF, chiffres 2023).
  • 8 000 pompiers du Var sont formés à la lutte contre ce risque spécifique, dont 4 000 volontaires.

Détection et premières actions : la course contre la montre

Surveillance et détection précoce

La lutte commence bien avant l’appel au 18. Le dispositif de surveillance est omniprésent durant l’été :

  • 135 postes de vigies perchés sur les massifs surveillent l’horizon de juin à septembre. Ces points hauts, stratégiques, permettent la détection rapide de la moindre fumée suspecte.
  • 60 patrouilles mobiles sillonnent chaque jour le territoire forestier pour une intervention immédiate dès le signalement d’un départ de feu.
  • Les drones commencent à s’intégrer aux dispositifs pour cartographier en temps réel la progression d’un feu.

Organisation de l’alerte et prépositionnement

Autre particularité du Var : en période de risque extrême, les équipes et matériels sont “prépositionnés”. Cela signifie que des groupes d’intervention sont avancés dans les massifs, au plus près du danger potentiel : le temps de réponse est alors souvent réduit à moins de 15 minutes. Cette organisation permet à la fois de limiter le temps de route et de déployer rapidement les premiers moyens.

L’engagement sur feu : moyens, tactiques et coordination

Des moyens humains et matériels d’exception

  • Plus de 1 500 sapeurs-pompiers peuvent être mobilisés en simultané sur un grand incendie forestier varois (source : SIS 83).
  • 450 véhicules spécialisés : camions-citernes feu de forêts (CCF), véhicules de commandement, engins tactiques.
  • Appui massif de l’aérien : Canadairs, Dash, hélicoptères bombardiers d’eau, surveillent et interviennent au plus près des flammes (jusqu’à 8 à 10 avions mobilisables en pic de saison).

La priorité : gagner la “lutte initiale”. Concrètement, cela veut dire attaquer la tête de feu le plus tôt possible et éviter qu’il ne prenne de l’ampleur.

Organisation de la lutte au sol

  • Les premiers camions (CCF) sont engagés en “attaque directe”, lance à la main, au plus près du front des flammes, sous la protection de leurs collègues (“arrosage des lisières”) ;
  • Les équipes créent des “lignes d’arrêt” à la pelle et à la tronçonneuse, pour empêcher le feu de progresser ;
  • Des points d’eau – citernes, piscines privées répertoriées, retenues collinaires – sont rapidement repérés pour recharger les véhicules ;
  • La coordination terrain est gérée depuis un poste de commandement mobile (PC), où chefs de colonne, officiers, et parfois les autorités civiles, définissent en temps réel les priorités.

Collaboration interdépartementale et zonale

Dans le Var, la notion de “colonne de renfort” est une réalité vécue chaque été. En cas de crise majeure :

  • Le plan ORSEC (Organisation de la Réponse de Sécurité Civile) peut être déclenché ;
  • Les sapeurs-pompiers des départements limitrophes, jusqu’à ceux du Massif Central ou des Landes, rejoignent les rangs locaux ;
  • Des colonnes de renfort de plusieurs centaines d’hommes et véhicules convergent, avec une logistique millimétrée (ravitaillement, repos, relève).

Ce travail collaboratif est un élément-clé de la réussite face aux sinistres majeurs – en été 2021, plus de 1 200 pompiers venus de toute la France sont venus renforcer leurs collègues varois pour maîtriser le feu de Gonfaron.

Sécurité des intervenants : discipline stricte et innovation

Un engagement sous haute surveillance

  • Chaque équipe dispose de moyens de géolocalisation ;
  • La priorité absolue est la sécurité : aucun véhicule n’entre sans disposer d’au moins 2 000 litres d’eau embarqués et un itinéraire sécurisé de retrait ;
  • Les retours de flammes ou “sauts de feu” à cause du vent imposent une vigilance constante ;
  • Un pompier est chargé uniquement de la sécurité du groupe (Chef de groupe sécurité, casques rouges bien visibles).

La gestion du danger en conditions extrêmes

Derrière chaque manœuvre, des règles rigoureuses :

  • Vêtement ignifugé, surpantalon et cagoule obligatoires ;
  • Véhicules garés “nez prêt à repartir”, en cas d’évolution brutale des fumées ;
  • Définition systématique de “points de repli” signalés dès l’arrivée sur la zone opératoire.

Le nombre d’accidents graves chez les intervenants tend à baisser : depuis la mise en place de ces règles, moins de 2% des blessés des feux varois nécessitent une évacuation hospitalière (source : SDIS 83, bilan 2018-2022).

Maitriser et surveiller : l’indispensable “léchage” et les suites de l’incendie

Une intervention ne s’arrête pas à l’extinction des flammes. Le “léchage” consiste à surveiller jour et nuit les zones carbonisées pour éviter les reprises de feu, parfois plusieurs jours après l’intervention initiale.

  • Des équipes spécialisées patrouillent, sondent les tas de cendres, noient les souches brûlantes à la lance.
  • Sur les plus gros feux, une surveillance aérienne est assurée jusqu’à dix jours après la fin officielle du sinistre.
  • Les forestiers-sapeurs du Conseil départemental complètent cette veille, réparant pistes, pare-feux et zones abîmées.

Certaines zones sont placées sous “interdiction d’accès” au public, parfois plusieurs mois, pour éviter tout nouveau départ accidentel et permettre la régénération naturelle.

Le facteur humain : de l’expérience à la formation permanente

Transmettre et s’adapter

Chaque saison, les interventions sont minutieusement analysées lors de “retours d’expérience”. Cela permet :

  • De réajuster les protocoles en fonction des nouveaux comportements du feu (effet du changement climatique et de la sécheresse prolongée) ;
  • D’inclure des techniques nouvelles, comme le brûlage dirigé de sites à risque ou l’emploi de “lances à mousse” dans certains contextes ;
  • De perfectionner la formation des jeunes recrues, avec des exercices réguliers sur feux réels dans les massifs varois.

Ce partage constant est un gage de sécurité et d’efficience.

La solidarité intergénérationnelle

  • Les anciens transmettent des réflexes de terrain acquis lors de grandes campagnes d’incendies : reconnaître un changement de couleur de la fumée, interpréter la direction du vent sur une crête, “lire la forêt” à la manière des bergers.
  • Les jeunes apportent leur maîtrise des nouveaux outils numériques (cartographie GPS, drones, suivi temps réel des équipes).

Perspectives : Vers une lutte encore plus efficace ?

Face à l’augmentation des périodes de sécheresse et à la densification humaine en zone périurbaine, les défis varois ne manquent pas. Les pompiers du département multiplient les partenariats : ONF, associations de propriétaires forestiers, municipalités, écoles. La prévention reste aujourd’hui la meilleure arme :

  • Mise en place de plans de débroussaillement obligatoire sur près de 250 000 hectares (Préfecture du Var)
  • Campagnes de sensibilisation annuelles (affichage, rencontres, interventions dans les écoles),
  • Développement du volontariat, avec plus de 80 % des effectifs départementaux recrutés localement.

Les pompiers du Var innovent aussi : expérimentation de nouveaux produits retardants pour ralentir la progression du feu (exemple du gel HightFire testé à la Croix-Valmer en 2022), perfectionnement des exercices transfrontaliers avec l’Italie et l’Espagne, et échanges permanents d’expertise.

Anges gardiens des forêts varoises

Le combat contre le feu est un engagement sans relâche, changeant, nourri à la fois par l’expérience collective, l’adaptation et une implication humaine rare. Derrière chaque intervention se cachent d’innombrables gestes précis, une solidarité à toute épreuve, et la volonté farouche de préserver paysages, villages, vies humaines et animaux. Pour chaque habitant, la meilleure protection reste d’écouter la vigilance, d’appliquer la prévention et de soutenir, à sa mesure, ces femmes et ces hommes qui veillent – au quotidien – sur notre patrimoine naturel.