L’importance du secours à personne dans le Var : chiffres et contexte

Le Var est le sixième département de France en fréquentation touristique mais aussi l’un des plus étendus, avec plus d’un million d’habitants en hiver, gonflant parfois jusqu’à deux millions en été selon les chiffres de l’INSEE. Cette densité, couplée à une forte proportion de personnes âgées (21,2 % de plus de 65 ans, source : INSEE), explique l’importance du secours à personne. En 2022, selon le rapport annuel du SDIS 83, sur 65 021 interventions réalisées, plus de 52 000 relevaient du secours à personne, soit plus de 80 % de l’activité opérationnelle des sapeurs-pompiers varois.

  • Plus de 142 interventions de secours à personne par jour en 2022 ! (Source : SDIS 83)
  • Les mois d’été et les week-ends voient ces chiffres grimper drastiquement en raison de la population temporaire et du trafic routier.

Le secours à personne, c’est donc le cœur battant du métier de pompier aujourd’hui, loin des clichés qui résument la profession aux flammes et à la lance à incendie.

Qu’est-ce que le secours à personne ? Définitions et grandes catégories

Le secours à personne, appelé dans le jargon « SAP », désigne toutes les missions assurant la protection, le sauvetage, le soutien ou les premiers soins à une personne en situation de détresse physique, psychique, ou en danger immédiat. Cela va bien au-delà du simple transport en ambulance.

  • Les détresses vitales : arrêts cardio-respiratoires, infarctus, accidents vasculaires cérébraux, crises d’asthme graves…
  • Les malaises et blessures de la vie quotidienne : chutes, fractures, blessures domestiques ou sur la voie publique.
  • Les accidents de la route : prise en charge des blessés, désincarcération, soutien psychologique.
  • L’assistance aux personnes vulnérables : personnes âgées isolées, handicapées, personnes désorientées.
  • Les interventions lors de tentatives de suicide, ou détresse psychologique : là où les pompiers témoignent d’un rôle humain souvent méconnu.
  • La participation à la prise en charge des victimes lors de catastrophes ou d’événements graves (tempêtes, feux majeurs, inondations, attentats).

Concrètement, le secours à personne se concentre sur la rapidité, la prise en charge initiale, la stabilisation et la rassurance, en attendant que le SAMU ou un médecin puisse relayer l’action si nécessaire.

Qui intervient et avec quels moyens ?

Dans le Var, toute intervention secours à personne commence par un appel au 18 ou 112, traité au Centre de Traitement de l’Alerte (CTA) du SDIS 83 à Draguignan. L’opérateur évalue la gravité, géolocalise, engage les moyens adéquats et déclenche parfois simultanément les équipes du SAMU si la situation est grave.

Selon la nature de l’urgence, différentes unités sont mobilisées :

  • VSAV : Véhicule de Secours et d’Assistance aux Victimes – l’ambulance des pompiers par excellence. Adaptée aux interventions de tous types, équipée pour les soins de premiers secours.
  • Véhicules médicaux, SMUR : ensemble avec le SAMU (Service d’Aide Médicale Urgente) sur les cas graves.
  • Fourgons spécialisés : désincarcération, sauvetage-déblaiement, intervention en milieu périlleux.

À bord, l’équipe type comprend :

  • Un Chef d’agrès (responsable opérationnel sur place)
  • Deux ou trois sapeurs-pompiers, souvent titulaires du PSE2 (Premiers Secours en Équipe niveau 2) et formés au secours d’urgence à personne.

Chaque équipier doit être prêt à gérer toute catégorie de victime : de la simple chute à l’arrêt cardiaque, en passant par la souffrance psychique.

Précision : Quelle articulation avec le SAMU ?

Dans 16 % des cas, les interventions pompiers débouchent sur un relais total au SAMU, les pompiers assurant le « bilan » et la stabilisation en attendant une équipe médicale (chiffres DDSP Var, 2023).

Les gestes des pompiers sur le terrain : techniques et humain

Le quotidien sur le terrain s’accompagne de gestes techniques pointus, mais aussi d’un savoir-être indispensable. Voici quelques exemples concrets rencontrés dans le Var :

  • Réanimation cardio-pulmonaire (RCP) : appliquer la chaîne de survie dès les premières minutes, usage du défibrillateur automatique externe (DAE). Chaque minute sans intervention réduit de 10 % les chances de survie d’une victime d’arrêt cardiaque (source : Fédération Française de Cardiologie).
  • Immobilisation de membres traumatisés, usage de matelas à dépression, attelles, PRF (Planche Rigide Fracture).
  • Oxygénothérapie, aspiration respiratoire, gestion des voies aériennes en cas de détresse respiratoire.
  • Maintien de la tête et extraction sécurisée lors d’accidents routiers, en coordination avec les urgentistes.
  • Accompagnement psychologique : rassurer, dialoguer, contenir la panique ou la détresse d’une victime ou de ses proches.
  • Dans certains cas : accouchements inopinés à domicile, prise en charge de crises d’épilepsie, ou gestion de situations violentes en attendant la police ou le SAMU.

Chaque geste est régi par des protocoles précis (Référentiels Nationaux, GNR SUAP), mais aussi par l’expérience humaine, car chaque intervention est unique, au contact de la fragilité humaine. Dans plus de 70 % des interventions de secours à personne, une personne âgée est concernée (source : Fédération Nationale des Sapeurs-Pompiers de France), nécessitant patience et vigilance particulière pour la communication et la mobilisation.

Particularités et défis du Var : entre rural et littoral

Secourir dans le Var, c’est composer avec une géographie exigeante : de grandes distances, des zones montagneuses (Haut-Var), des villages parfois isolés, mais aussi des zones urbaines denses et bien sûr, un littoral très fréquenté.

  • En été, la population explose sur la côte (plus de 400 000 personnes rien que sur le golfe de Saint-Tropez chaque année en haute saison, source : Observatoire des Territoires du Var).
  • Annuellement, les accidents de baignade et de loisirs nautiques représentent plusieurs centaines d’interventions, avec le renfort des équipes spécialisées (plongeurs du SDIS, équipes nautiques).
  • La Fête de la Châtaigne à Collobrières, le Grand Prix de F1 au Castellet, ou les festivals varois : chaque événement engendre un dispositif préventif d’ampleur, avec équipes de secours pré-positionnées.
  • En zones rurales, l’intervention rapide peut être rendue complexe par la distance ou la difficulté d’accès, nécessitant parfois l’appui de l’hélicoptère Dragon 83 de la Sécurité civile basé au Luc.

Ce maillage oblige à une organisation extrêmement rigoureuse : 65 centres d’incendie et de secours couvrent le département, répartis entre volontaires et professionnels (source : SDIS 83). Le maillage territorial vise à réduire au maximum les délais d’intervention, notamment sur les arrêts cardiaques où chaque minute compte.

Des histoires humaines derrière chaque intervention

Le secours à personne, c’est avant tout la rencontre avec des situations de vie : quelques exemples vécus sur le département du Var constituent mieux qu’un long discours le quotidien de ces missions.

  • Un soir d’orage à Brignoles, appel pour une femme non répondante : réanimation engagée, DAE appliqué, la victime retrouve un pouls à l’arrivée du SAMU. Deux mois plus tard, elle revient remercier l’équipe, une lettre manuscrite à la main. Ce genre de reconnaissance n’est pas rare.
  • Le sauvetage d’une randonneuse à l’Abbaye du Thoronet, ayant chuté dans un sentier escarpé. Transportée par brancard sur plusieurs centaines de mètres, puis héliportée en raison du terrain inaccessible pour les véhicules.
  • Des interventions nombreuses en EHPAD ou chez les personnes isolées, parfois simple chute au sol, parfois situation plus urgente. Les pompiers sont parfois le seul contact humain régulier de certaines personnes âgées, ce qui confère à leur mission une dimension sociale puissante.

Dans chacun de ces cas, il s’agit autant de gestes techniques que d’empathie, d’écoute, et parfois de réconfort face à la solitude ou au deuil.

Devenir acteur à son niveau : l’importance des gestes qui sauvent

Un point qui mérite d’être souligné : dans plus de 50 % des cas d’arrêt cardiaque, les secours arrivent alors que les toutes premières minutes sont cruciales (source : Observatoire National des Services d’Incendie et de Secours, 2023). Former la population aux "gestes qui sauvent" (alerter, masser, défibriller) représente donc un enjeu majeur. Les pompiers du Var organisent de fréquentes sessions d’initiation au secourisme (SDIS 83), ouvertes à tous, pour apprendre à réagir avant leur arrivée.

Le saviez-vous ? Chaque année en France, près de 50 000 personnes décèdent d’un arrêt cardiaque extra-hospitalier. À la rentrée 2024, la formation aux premiers secours est devenue obligatoire dans les lycées (source : Ministère de l’Éducation Nationale).

Le secours à personne : une vocation, un savoir-faire en évolution

Le secours à personne mobilise aujourd’hui l’essentiel des forces des pompiers du Var. Savoir porter assistance, c’est conjuguer technique, anticipation, et qualité d’écoute, dans un contexte en constante évolution : vieillissement de la population, hausse du nombre de malaises liés à la canicule, intensité du trafic routier, défis posés par la médicalisation croissante du secours… Ce métier de l’ombre, loin des projecteurs, continue de sauver des vies chaque jour. Il façonne aussi une image profondément humaine de la profession, faite de solidarité, d’engagement discret, et de travail d’équipe sous pression. Dans le Var, chaque intervention, derrière la sirène, cache une histoire différente et un engagement sans relâche pour chaque vie.