Un contexte varois unique : un département très exposé

Le Var, département à très fort risque incendie, compte parmi les territoires les plus sollicités de France. Chaque année, inondations, feux de forêt, accidents de la route et secours à la personne mobilisent massivement le Service Départemental d’Incendie et de Secours du Var (SDIS 83).

En 2022, selon le bilan du SDIS 83, plus de 75 000 interventions ont été réalisées sur le département. 70 % d’entre elles relèvent du secours à la personne. Cette activité intense repose sur un maillage de 68 centres d’incendie et de secours et une mobilisation quotidienne des deux types de pompiers : professionnels et volontaires (SDIS 83).

Statut : engagement professionnel ou citoyen

Le statut constitue la première distinction.

  • Pompier professionnel (SPP) : il s’agit d’un agent de la fonction publique territoriale, recruté sur concours et salarié du SDIS. Il exerce cette activité comme métier principal.
  • Pompier volontaire (SPV) : il s’engage contractuellement auprès du SDIS pour une durée de 5 ans, renouvelable, tout en gardant une autre activité professionnelle, étudiante ou personnelle. Il reçoit une indemnisation, et non un salaire.

Dans le Var, la proportion des volontaires est élevée : près de 73 % des effectifs en 2023. Cela représente environ 2 600 pompiers volontaires pour quelque 900 pompiers professionnels (Préfecture du Var).

Recrutement, conditions d’accès et parcours

Devenir pompier professionnel dans le Var

  • Concours obligatoire : ouverts aux personnes âgées de 18 à 25 ans (sauf reconversion interne). Le concours recrute par épreuves écrites, sportives, psychotechniques et orales.
  • Niveau requis : au moins le brevet pour soldat de 2e classe, bac pour certains grades.
  • Période de stage : après réussite, période de formation initiale de 6 à 12 mois, puis titularisation.

Les postes sont rares. En 2022, seulement 33 postes de sapeur-pompier professionnel étaient ouverts à concours sur le Var, pour un nombre de candidats dépassant souvent les 300 (SDIS 83 - Recrutement).

Devenir pompier volontaire dans le Var

  • Candidature auprès d’une caserne (souvent proche du domicile ou du lieu de travail).
  • Âge : 16 à 55 ans (avec autorisation parentale jusqu’à 18 ans).
  • Aucune condition de diplôme.
  • Visite médicale obligatoire, puis sélection sur entretien de motivation.

La formation initiale est répartie en plusieurs modules, étalés sur un à deux ans, permettant d’intervenir progressivement. Le volontariat attire ainsi une grande diversité de profils dans le Var : agriculteurs, étudiants, infirmiers, commerçants, chefs d’entreprise…

Formation et compétences : exigences et continuité

Formation initiale

  • Pompier professionnel : cursus complet, formation initiale de 6 à 12 mois (680 à 885 heures). Le tronc commun alterne pratique et théorie, méthode d’intervention, conduite d’engins, feux urbains et feux de forêt.
  • Pompier volontaire : 250 à 400 heures réparties en modules (tronc commun, secours à la personne, incendie, opérations diverses). La formation est progressive et compatible avec une activité existante. Modules organisés le soir et le week-end.

Formation continue

  • Obligatoire dans les deux cas : chaque pompier doit renouveler et compléter ses compétences, souvent chaque année (formations incendie, secours routier, secourisme, feux de forêts, etc.).
  • Accès à des spécialisations (plongeur, GRIMP, cynotechnique…), sous réserve d'ancienneté et d’aptitude.

À retenir : la formation d’un SPV n’est pas « au rabais » mais elle s’adapte au niveau d’engagement souhaité. Beaucoup de volontaires du Var se forment progressivement à toutes les missions du SDIS.

Organisation du travail : disponibilité et astreintes

  • Professionnel : travaille en équipes, en gardes de 12 à 24 heures d’affilée, avec périodes de repos. Il intervient sur toutes les missions assignées, avec une amplitude horaire annuelle strictement réglementée (souvent 1 607 heures/an).
  • Volontaire : organise sa disponibilité selon son emploi du temps. Un salarié peut offrir une ou deux nuits par semaine, ou quelques week-ends par mois. Certains volontaires ont des astreintes (qui imposent d’être joignables et proches de la caserne).

Le Var, dépendant de ses volontaires, ajuste les plannings en été : ici, la moitié des effectifs peut doubler au pic des feux, grâce à l’arrivée en renforts de volontaires du reste de la France (Bataillons de Marins-Pompiers, Renforts Estival, etc.).

Rémunération, indemnisation et avantages : ce qui change

  • Pompier professionnel : rémunération fixe selon la grille indiciaire de la fonction publique territoriale. Exemple : 1 900 € brut mensuel pour un SPP débutant (grade : sapeur), jusqu’à 3 800 € pour un capitaine (Service-public.fr).
  • Pompier volontaire : indemnités horaires uniquement pour les périodes de garde et interventions (environ 8 € à 12 €/heure selon le grade). Indemnités complémentaires pour astreintes, interventions nocturnes ou spécialisées.

Le volontaire conserve généralement « son vrai métier », sa rémunération principale n’est donc pas assurée par le SDIS. Il bénéficie néanmoins d’une protection sociale, de points retraite spécifiques, et souvent de dispositifs pour concilier vie professionnelle et engagement (congés pompiers, conventions employeurs, etc.).

Réalités opérationnelles et mission sur le terrain

Un fait établi : volontaires et professionnels interviennent côte à côte sur tous les types d’opérations. Les mêmes incendies, les mêmes secours, les mêmes risques. Exception : les missions spécialisées (commandement, gestion administrative, expertise technique) sont souvent confiées aux professionnels.

Quelques chiffres clés dans le Var :

  • En été 2022, plus de 4 500 hectares partis en fumée lors d’une quinzaine de feux majeurs (Bormes, Gonfaron, Le Luc).
  • Chaque jour, en moyenne dans le département, 200 sorties d’engins organisées, dont 150 pour secours à la personne.
  • En juillet-août, jusqu’à 3 000 missions pour feux de forêts, 70 % assurés par des équipes mixtes SPV-SPP (France Bleu).

Le volontariat se distingue aussi par sa réactivité lors des événements exceptionnels. Certains SPV ont vécu plus de 20 étés de saison feux dans le Var, cumulant 2 000 interventions sans jamais avoir fait de la caserne leur métier principal. Un engagement citoyen rare.

Évolution de carrière et perspectives

  • Pompier professionnel : possibilité de passer des concours internes, devenir caporal, adjudant, lieutenant, capitaine… jusqu’à des postes de commandement (chef de centre, chef de groupe, départemental).
  • Pompier volontaire : évolution aussi possible en grade (caporal, chef d’agrès, chef d’équipe), mais sans dimension managériale ou administrative équivalente. Certains SPV choisissent de passer le concours professionnel par la suite, capitalisant sur leur expérience opérationnelle.

Un fait marquant : dans le Var, 40 % des nouveaux professionnels étaient auparavant volontaires (source : SDIS 83). Être SPV, c’est ainsi souvent un tremplin pour embrasser la profession, mais aussi un engagement personnel durable, pour celles et ceux qui ne souhaitent pas en faire un métier.

Une complémentarité indispensable au cœur du Var

La force du système varois, c’est la synergie entre volontaires et professionnels. Sans les volontaires, nombre de centres ruraux ou de villages perchés resteraient sans secours rapide ; sans les professionnels, impossible d’assurer la permanence des commandements, la formation continue et la logistique d’une telle organisation.

Les deux statuts possèdent leur raison d’être. Professionnaliser le métier, tout en préservant le volontariat, reste un enjeu d’avenir. Les grandes crises récentes du Var, des inondations du Gapeau à l’incendie du Massif des Maures, rappellent à quel point l’engagement de tous – qu’il soit appelé vocation ou métier – façonne la sécurité du département.

Envie d’aller plus loin ? S’informer ou s’engager

Volontariat ou professionnalisme, l’uniforme unit les énergies. Choisir l’un ou l’autre, c’est choisir de servir, à la mesure de ses possibilités – et ici, dans le Var, chaque engagement compte.