L’inondation : un danger récurrent dans le Var

Les inondations dans le Var ne sont pas un événement exceptionnel mais bien une menace régulière, quasi annuelle. Cette vulnérabilité a forgé avec le temps des dispositifs d’intervention et de prévention parmi les plus structurés de France. Depuis les crues dévastatrices de 2010, 2014 et 2019 qui ont fait la une des médias nationaux (Le Monde), le Var a énormément investi pour protéger ses habitants et ses territoires, notamment les bassins de l’Argens, la Nartuby et le littoral fréquemment impactés.

Au fil des années, l’organisation et les moyens des sapeurs-pompiers du Var (SDIS 83) se sont adaptés, misant sur la rapidité, la technologie et la coordination inter-services. Tour d’horizon de ces moyens spécifiques conçus sur mesure pour un département à risque élevé d’inondations.

Des équipes spécialisées, formées et mobilisables en un temps record

Le SDIS 83 s’appuie sur un réseau de plus de 4000 sapeurs-pompiers (chiffres 2023, SDIS 83), dont une centaine sont formés aux interventions en milieux aquatiques et inondations. Ces spécialistes composent les équipes SDEI (Section Départementale d’Équipes d’Intervention), capables d’intervenir dans les pires conditions, de jour comme de nuit.

  • Groupes spécialisés inondations (GSI) :  mobiles en moins de 30 minutes après l’alerte, ces équipes sont dotées d’un matériel spécifiquement adapté pour l’évolution dans les eaux vives ou stagnantes.
  • Cellules plongeurs et sauvetage aquatique : présentes à Draguignan, Fréjus, Brignoles et Toulon, elles assurent les sauvetages de personnes ou d’animaux piégés par la montée des eaux.
  • Spécialistes drone & reconnaissance aérienne :  depuis 2016, plusieurs équipes formées utilisent des drones pour cartographier en temps réel la progression des crues (source : Préfecture du Var).

Des moyens matériels adaptés aux crues varoises

Face à la violence des inondations méditerranéennes, les équipements des secours sont pensés pour l’efficacité. Le SDIS 83 dispose de matériels spécifiques renouvelés à chaque saison à risque.

  • Véhicules haut perchés (VHP) : une douzaine de camions capables de franchir jusqu’à 1,20 m d’eau pour accéder aux secteurs isolés. Les VHP peuvent transporter jusqu’à 25 sinistrés d’un coup.
  • Bateaux à coque rigide et Zodiac : près de 30 embarcations légères et semi-rigides, déployées dans les zones urbaines comme rurales.
  • Motopompes grande capacité : chaque centre de secours « majeur » dispose de motopompes pouvant évacuer jusqu’à 400 m³ d’eau par heure. Cela permet d’assécher des sous-sols ou d’empêcher l’extension des eaux.
  • Drones et jumelles thermiques : pour rechercher des victimes la nuit ou sous la pluie intense.
  • Systèmes de balisage lumineux : pour marquer les zones inondées ou éviter les risques secondaires (câbles tombés, trous, ruissellements invisibles la nuit).

Bon à savoir : lors des crues de novembre 2019, pas moins de 340 interventions ont été réalisées en moins de 36 heures, mobilisant simultanément plus de 600 pompiers, 70 engins spécialisés et des équipes venues d’autres départements via la solidarité nationale (source : France Bleu).

Prévention, alerte et anticipation : un trio devenu indispensable

Plus que l’intervention d’urgence, l’accent est désormais mis sur la prévention, la capacité d’anticiper, et l’alerte rapide auprès de la population.

  • Le Dispositif Vigilance Inondation : la préfecture du Var active chaque année un réseau de surveillance des rivières, couplé à Météo-France. Plusieurs capteurs mesurent les niveaux d’eau en continu et déclenchent, en cas de crue, des messages automatisés sur les applications mobiles, les panneaux lumineux et la radio locale (Vigilance Météo France).
  • Plan Communal de Sauvegarde (PCS) :  chaque commune à risque doit tenir à jour un PCS qui organise les moyens d’évacuation, l’accueil des sinistrés, et le stockage de matériel (couvertures, lampes, vivres, etc.). Après les inondations de 2014, plus de 120 communes du Var se sont dotées d’un PCS opérationnel.
  • Diffusion de la culture du risque :  le SDIS intervient chaque année dans les écoles et associations locales (plus de 150 actions pédagogiques en 2022) pour enseigner les bons réflexes : ne pas traverser une route inondée, anticiper une évacuation, etc. (SDIS 83).

Petit détail qui compte : lors des épisodes cévenols de 2020, les CRS et la gendarmerie rappelaient via haut-parleurs mobiles les consignes de sécurité pour toucher un maximum d’habitants, notamment dans les quartiers mal desservis par le numérique ou les alertes SMS.

Innovation et mutualisation, clefs d’une efficacité accrue

Depuis dix ans, la lutte contre les inondations dans le Var fait place à la mutualisation des moyens et à l’innovation. Plusieurs exemples illustrent bien ce virage pris :

  • Plateforme régionale de coordination : à Puget-sur-Argens, une salle de crise départementale high-tech regroupe pompiers, gendarmes, préfecture et météo pour suivre la crue minute par minute. Les spécialistes peuvent ainsi orienter en temps réel les moyens là où le danger est maximal.
  • Cartographie dynamique via drones : utilisée pour la première fois en 2018 à Fréjus : permet d’anticiper l’extension des zones inondées sur la base des données recueillies en vol.
  • Systèmes d’information géographique (SIG) : ils agrègent images satellites, données locales et historiques pour affiner l’analyse du risque à l’échelle du quartier, permettant d’anticiper l’évacuation ou le déploiement de barrages mobiles.

Le département est également pilote pour les digues gonflables : ces boudins de 50 m posés en urgence peuvent protéger un quartier bas ou une route stratégique (testés à Hyères et Sainte-Maxime depuis 2022, source : Var Matin).

Retour d’expérience : le facteur humain fait la différence

Tous les équipements les plus innovants n’auraient qu’une utilité limitée sans la réactivité, l’endurance et la solidarité des équipes de terrain. Plusieurs interventions, parfois héroïques, ont marqué les esprits :

  • En 2014 à La Londe-les-Maures, une quarantaine de pompiers ont passé la nuit à déménager à la main près de 60 résident·e·s d’un EHPAD inondé, bravant courant et obscurité, sans victime à déplorer.
  • Lors des crues de 2019 à Fréjus, l’action combinée des pompiers, CRS, associations et habitants a permis d’évacuer en 2h plus de 250 logements grâce à un protocole d’entraide éprouvé.
  • L’après-inondation ne s’arrête pas aux eaux retirées : le SDIS 83 assure le pompage, l’assèchement, mais aussi l’accompagnement psychologique avec des cellules mobiles, un réflexe salué par la population sinistrée.

Chaque opération nourrit la mémoire collective et permet de perfectionner sans cesse l’organisation – une dynamique qui s’appuie sur les remontées de terrain et le partage d’expérience, dans l’esprit même des valeurs du métier de pompier.

Le défi climatique : adapter, encore et toujours

Avec le changement climatique, les épisodes d’inondation dans le Var semblent s’intensifier aussi bien en fréquence qu’en violence. Les projections de Météo-France et du ministère de la Transition écologique annoncent d’ici 2050 une hausse de 20 % du risque d’inondations soudaines dans le sud-est de la France.

Le département expérimente déjà des solutions complémentaires : barrages souples, capteurs connectés, logiciels de prévision hydrologique, et dispositifs de confinement d’urgence pour les établissements sensibles. Les communes intègrent davantage les pompiers aux plans d’urbanisme pour anticiper l’aménagement des zones inondables.

En multipliant les moyens adaptés, en innovant et en restant à l’écoute du terrain, le Var continue d’être un laboratoire national dans la lutte contre les inondations – une réalité où la solidarité, l’engagement des équipes, et la vigilance citoyenne font toute la différence.