Un métier exposé en première ligne

Dans le Var, le Service Départemental d’Incendie et de Secours (SDIS 83) compte près de 5 000 sapeurs-pompiers, dont un tiers de volontaires (Source : SDIS 83, chiffres 2022). Leur engagement répond à près de 50 000 interventions par an, sur un territoire mêlant massif forestier, zones urbaines, routes escarpées et littoral densément fréquenté. À chaque mission, des risques professionnels spécifiques s’invitent et obligent à une vigilance sans relâche.

Les feux de forêt : un risque majeur et emblématique

Le Var fait partie des départements français les plus touchés par les feux de forêt, particulièrement en été. Les chiffres donnent la mesure : en 2021, plus de 7 000 hectares sont partis en fumée dans le département, dont près de 6 800 lors du seul mégafeu de Gonfaron (Source : France Bleu Var, août 2021).

Les dangers pour les sapeurs-pompiers face à ces incendies sont multiples :

  • Inhalation de fumées toxiques et particules fines nocives pour le système respiratoire à court et long terme.
  • Exposition à la chaleur extrême : les températures au plus près du front de feu dépassent les 800°C.
  • Brûlures, notamment lors des manœuvres de débroussaillage ou par surprise lors d’un changement brusque de direction des flammes.
  • Risque d’isolement, d’enfermement ou de perte de repères dans des zones boisées peu accessibles.
  • Effondrement de structures : toitures incendiées ou terrains instables.

À ces périls physiques s’ajoutent une pression psychologique extrême, face à la rapidité de propagation du feu ou à la nécessité de protéger des vies et des biens parfois au péril de sa propre sécurité.

Les risques liés à la circulation et aux interventions routières

Le Var, traversé par l’A8 et de nombreuses routes départementales accidentogènes, voit chaque année plusieurs centaines d’accidents graves nécessitant la mobilisation des secours. Selon la Sécurité routière, le département a enregistré près de 50 décès sur la route en 2023.

Lors de ces interventions, les dangers sont particulièrement marqués :

  • Risque d’être heurté par un véhicule, souvent sur autoroute ou de nuit (avec des véhicules déboulant à plus de 110 km/h à proximité des équipes en intervention).
  • Coupe et désincarcération : utilisation d’outils lourds et dangereux (cisailles hydrauliques, écarteurs) pouvant causer blessures ou troubles musculo-squelettiques.
  • Exposition aux hydrocarbures, produits chimiques ou batteries lithium-ion en incendie de véhicules hybrides : risques d’explosion ou de brûlure chimique accrus.

L’accident de Pierrefeu-du-Var en 2017, ayant coûté la vie à deux sapeurs-pompiers lors d’une intervention routière, reste gravé dans la mémoire collective et a mené à des modifications dans la signalisation et la gestion du balisage (Source : Var Matin).

Risques chimiques et technologiques

Les pompiers du Var, comme ailleurs, interviennent fréquemment pour des fuites de gaz, déversements de matières dangereuses ou pollutions accidentelles, notamment dans les zones industrielles autour de Toulon ou Fréjus.

  • Intoxication par inhalation de gaz, vapeurs ou poussières toxiques. Par exemple, une fuite d’ammoniac nécessite un équipement complet de Protection Respiratoire Isolante (ARI).
  • Contact avec des substances corrosives : acides, bases, hydrocarbures peuvent causer brûlures chimiques graves, parfois même à travers les vêtements de protection.
  • Explosion : Intervenir sur des fuites de gaz domestique ou industriel représente un risque explosif permanent.

Pour réduire ces dangers, la spécialisation Sapeur-Pompier d’Unité Mobile Chimique (UMIC) a été renforcée dans le Var, avec formations régulières et exercices en conditions réelles (Source : SDIS 83).

Risques infectieux et contaminations biologiques

La crise sanitaire liée au Covid-19 a remis en lumière un danger moins visible, mais bien réel pour les pompiers : la contamination lors d’interventions au contact de patients malades, d’accidents où des fluides biologiques sont présents, ou même de secours à domicile.

  • Risques d’exposition au HIV, à l’hépatite B ou C lors de blessures avec des aiguilles, projections de sang, assimiliation de sécrétions.
  • Risque infectieux accru en période d’épidémie. En 2020, plusieurs dizaines de sapeurs-pompiers du Var ont été contraints à la quarantaine, certains hospitalisés (Source : France 3 PACA).
  • Contact avec des animaux porteurs de zoonoses (maladies transmissibles à l’homme, comme la leptospirose chez les rats).

Des protocoles stricts (port de gants, lunettes, surblouses, désinfection systématique) sont aujourd’hui la règle pour limiter ces risques.

Risques physiques et troubles musculo-squelettiques (TMS)

Les gestes du métier imposent au quotidien des efforts physiques intenses : porter des charges lourdes (civière, matériel hydraulique), évoluer dans des positions contraignantes (ramper dans la fumée) et répéter des mouvements exigeants.

  • Lombalgies et douleurs articulaires : les TMS représentent la première cause d’arrêt de travail chez les pompiers professionnels (Source : INRS, 2020).
  • Blessures aiguës : entorses, fractures, claquages musculaires lors de chutes en intervention.
  • Fatigue chronique liée aux gardes de 24h ou à l’appel de nuit, décalant les rythmes physiologiques.

La prévention passe par une préparation physique régulière, des formations à l’ergonomie et l’adoption de postures adaptées, mais aussi l’aide de matériels plus ergonomiques (scooters d’intervention pour la plage de Saint-Tropez, brancards sur rails, etc.).

Risques psychologiques : stress et traumatisme

Au-delà des perils physiques, le métier de sapeur-pompier est marqué par une tension mentale de chaque instant. Face à la mort, aux blessés graves ou aux situations d’urgence extrême, l’impact émotionnel est souvent invisible mais bien réel.

  • Stress aigu et stress chronique : exposition fréquente à des situations dramatiques, peur de l’échec ou du danger, sur-responsabilité de la vie d’autrui.
  • Syndrome de stress post-traumatique (SSPT) : selon l’Association Nationale pour l’Amélioration de la Qualité de vie au Travail (ANAQVT), près de 15 % des pompiers présenteraient des signes de SSPT au cours de leur carrière, soit trois fois plus que la moyenne nationale.
  • Fatigue mentale et troubles du sommeil : gardes de nuit répétées, ruptures de rythme biologique.

Des cellules d’écoute psychologique et des dispositifs de soutien sont désormais en place au sein du SDIS 83, en reconnaissance officielle de ce risque autrefois tabou (Source : Ministère de l’Intérieur).

Autres risques : agressions et violences envers les secours

Le phénomène d’agressions contre les sapeurs-pompiers touche également le Var. Si le département n’atteint pas les chiffres records de certaines agglomérations françaises, les faits sont en hausse. En 2022, on dénombrait plus de 40 signalements d’agressions verbales ou physiques contre les pompiers varois (Source : Préfecture du Var).

  • Jets de projectiles, insultes, entrave à l’exercice de leur mission dans certains quartiers sensibles ou lors d’interventions de nuit.
  • Risques accrus lors des grands rassemblements estivaux ou événements sportifs (festivités de Toulon, concerts, etc.).

Pour mieux se protéger, les équipes de secours adaptent leurs stratégies d’intervention : sécurisation préalable avec la police lorsque la situation l’exige, équipements individuels de protection supplémentaires.

Prévention et résilience : dispositifs en place et marges de progrès

Si les risques inhérents au métier ne disparaîtront jamais, la prévention évolue sans cesse, portée par l’expérience du terrain et les exigences de sécurité croissantes. Quelques axes notables à l’œuvre dans le Var :

  1. Formation continue : simulateurs incendie, exercices interservices, stages spécifiques sur les nouveaux risques (lithium, feux urbains, NRBC).
  2. Montée en gamme des équipements : casques à protection faciale, appareils respiratoires plus performants, gants anti-chaleur de nouvelle génération.
  3. Soutien psychologique renforcé grâce à des dispositifs régionaux, cellules d’écoute et groupes de parole soutenus par l’ARS et le SDIS.
  4. Prévention des agressions par la formation à la gestion des conflits et la coopération avec les forces de l’ordre.
  5. Sensibilisation du grand public à la sécurité : campagnes de prévention pour améliorer la sécurité routière autour des zones d’intervention, ou limiter le risque d’incendie de forêt (débroussaillage, signalements d’écobuage illicite, etc.).

Le métier, fier de son histoire et de ses valeurs, s’adapte ainsi de façon permanente aux nouveaux défis du terrain et aux attentes de la société.

La sécurité des uns, la vigilance de tous

Protéger ceux qui protègent : c’est l’objectif permanent du SDIS du Var et de chaque sapeur-pompier engagé. Si l’évolution du métier offre de nouvelles protections et des dispositifs collectifs de prévention, le quotidien impose une vigilance de chaque instant. Il appartient aussi à chacun d’entre nous de faciliter leur mission, par le respect des consignes, la prudence sur la route et la compréhension des risques encourus.

Parce que derrière chaque intervention, il y a des hommes et des femmes qui, dans l’action comme dans la prévention, paient parfois un lourd tribut au service de tous. La connaissance des risques et l’amélioration constante des pratiques sont les meilleures assurances pour continuer, ensemble, à faire reculer le danger.