Organisation générale : qui fait quoi, où et quand ?

Le Service départemental d’incendie et de secours du Var (SDIS 83) regroupe environ 3 200 sapeurs-pompiers dont presque 2 450 sont volontaires et quelques 750 professionnels (Source : SDIS 83, chiffres 2023). Leur présence sur le terrain repose sur un système de permanence ininterrompue, réglé sur deux notions bien distinctes : la garde et l’astreinte.

  • Garde : Présence physique dans le centre de secours ou la caserne, prêt à intervenir immédiatement. Obligatoire pour les professionnels, courante pour certains volontaires.
  • Astreinte : Disponibilité depuis son domicile ou un autre lieu, avec le nécessaire d’intervention à portée de main, pour rejoindre rapidement la caserne dès l’alerte.

Le mix gardes/astreintes varie selon les unités, la typologie de la zone (urbaine/rurale), la période de l’année (risque feux de forêts, afflux touristique l’été, etc.) et la couverture opérationnelle recherchée.

Le calendrier d’une garde type dans le Var

Les pompiers professionnels (SPP) assurent des gardes de 12 ou 24 heures dans les grandes casernes (Draguignan, Toulon, Fréjus...) et en centres d’intervention qui veillent sur des secteurs plus accidentogènes ou densément peuplés. Voici comment s’organise une garde de 24h :

  1. Prise de garde (8h) : Brief opérationnel, vérification des véhicules, équipements et inventaire du matériel personnel.
  2. Journée : Alternance entre interventions, manœuvres d’entraînement, formation continue, entretien physique et tâches logistiques (entretien matériel, nettoyages, etc.).
  3. Repas collectifs : Moments de cohésion, mais interrompus dès que la sirène retentit.
  4. Nuit : Période de repos, sauf en cas d’alerte (interventions incendie, urgence médicale, accidents de la route...)
  5. Fin de garde (8h le lendemain) : Passage de consignes à l’équipe suivante, rangement, rapport si nécessaire.

Dans les petites communes, la garde peut se limiter à des périodes de 8 à 12h, notamment pour couvrir des créneaux à plus forte sollicitation (16h-20h = « plage rouge » dans certains secteurs), en complément de l’astreinte.

L’astreinte : une spécificité des volontaires dans le Var

Dans le Var, près de 80% des effectifs sont des pompiers volontaires (Source : UDSP 83), la grande majorité étant mobilisée en astreinte sur leur temps libre.

  • Ils reçoivent l’alerte sur un bip ou par application dédiée (comme SPV Alert ou Systel), et doivent être en capacité de rejoindre leur centre de secours en moins de 10 minutes en zone urbaine, moins de 15 minutes en zone rurale.
  • L’astreinte s’organise généralement par créneaux de 12 à 24 heures, souvent en dehors des horaires professionnels, pour s’adapter à la vie privée de chaque volontaire.
  • Le système fonctionne sur la responsabilisation : la disponibilité déclarée est un engagement moral fort envers les collègues et la population couverte.

Certains centres mixtes (peu d’effectif professionnel) s’appuient exclusivement sur des gardes la journée et sur l’astreinte la nuit et les week-ends. En 2022, le SDIS 83 recensait 33 centres de secours « purement volontaires ».

Affectation et organisation des plannings

L’élaboration des plannings est une manœuvre de précision, pilotée par les chefs de centre et planificateurs. Voici les grands principes :

  • Pour les professionnels : les plannings sont élaborés sur plusieurs semaines à l’avance, sous forme de cycles : 24h/48h, 12h/24h, avec des roulements pour limiter la fatigue et équilibrer les temps de repos.
  • Pour les volontaires : les présences en garde/astreinte sont déclarées sur des plateformes internes (ex. : Gestimum, GestiSDIS), en concertation avec les responsables et en tenant compte des contraintes personnelles/professionnelles.
  • Des « renforts saisonniers » viennent étoffer les équipes l’été en zone Littoral et dans l’arrière-pays forestier, pour répondre au surcroît d’activité « Feux de Forêts » et à l’afflux de touristes (la population du Var triple parfois de juin à août!).

L’objectif premier : garantir qu’un engin de premier départ puisse sortir avec conducteurs et équipage complet H24, même en période creuse ou lors d’épisodes climatiques extrêmes (inondations, canicules, tempêtes...).

Contraintes et réalités du quotidien

  • Sacrifice sur la vie personnelle : Une garde ou une astreinte, c’est accepter de rater des fêtes familiales, d’être rappelé en plein repas, ou de voir interrompre sa nuit.
  • Rythme professionnel impacté : Beaucoup de volontaires sont salariés ou indépendants ; des conventions liant l’entreprise et le SDIS existent (Charte employeur SPV, Ministère de l’Intérieur) pour encadrer les absences, mais ce n’est pas toujours simple à articuler. Certains employeurs jouent le jeu, d’autres moins.
  • Charge mentale : Être d’astreinte signifie rester vigilants en permanence, tenter de suivre sa routine tout en gardant l’oreille tendue, prêt à délaisser une activité sans délai.

L’engagement des femmes et hommes du Var se mesure aussi à l’acceptation de ces contraintes. Chaque année, les 3 200 pompiers varois réalisent environ 53 000 interventions (Source : Bilan SDIS 83, 2022), soit en moyenne plus de 145 interventions par jour, un chiffre qui grimpe à plus de 220 en pleine saison estivale.

Coordination, sécurité et montée en puissance lors des crises majeures

Le Var est régulièrement confronté à des événements majeurs : feux de forêts, inondations (dramatiques crues de 2010, 2014, 2019), accidents en série sur autoroutes, etc. Dans ces moments, l’organisation des gardes et astreintes est totalement revue :

  • Doublement, voire triplement des équipes en garde (ex : jusqu’à 1 000 pompiers mobilisés simultanément lors du feu de Gonfaron, 2021 — données Var-Matin).
  • Rappel massif des volontaires non prévus d’astreinte avec mise en place de « cellules de veille ».
  • Renforts départementaux, voire interrégionaux (colonnes de pompiers PACA/Méditerranée), pris en charge dans la logistique, les repas, et l’hébergement temporaire sur le terrain ou en base arrière.
  • Ce type de situation oblige à fluidifier la passation de consignes entre équipes et à ajuster le rythme des relèves pour maintenir la vigilance.

La coordination est assurée depuis le CODIS 83 (Centre Opérationnel Départemental d’Incendie et de Secours) à Draguignan, qui veille 24h/24 pour anticiper les tensions et gérer en temps réel la distribution des effectifs.

Quelques anecdotes du terrain varois

  • Lors de la tempête Alex (octobre 2020), plusieurs centres ont instauré une « garde renforcée », rappelant spontanément tous les effectifs à la caserne — jusqu’à dormir sur place plusieurs jours d’affilée faute de relèves possibles.
  • En zone rurale du haut Var, certains volontaires s’organisent entre voisins pour surveiller les bips de chacun : « Si l’un ne répond pas, c’est l’autre qui prendra sa place ».
  • La tradition veut que les chefs de garde préparent le repas du soir pour toute l’équipe: un moment fort de la vie de caserne, souvent cité par les anciens comme le meilleur moyen de renforcer la cohésion.

Chiffres-clés et ressources utiles

Pourquoi cette organisation doit évoluer avec la société varoise ?

L’évolution démographique du Var, le vieillissement de la population, la hausse du volontariat féminin, ou encore l’arrivée massive de nouveaux habitants imposent des adaptations constantes : simplification des systèmes d’astreinte, digitalisation des alertes, partenariats renforcés avec les employeurs et flexibilité accrue dans l’engagement sont autant de pistes testées ou déployées localement.

Les gardes et astreintes sont le cœur invisible de la capacité d’intervention des pompiers. Si vous croisez une caserne allumée la nuit, ou si vous entendez des sirènes percer le silence d’un village varois, gardez à l’esprit ce maillage complexe, fait de dévouement, de disponibilité et de solidarité. Le Var construit, jour et nuit, sa propre sécurité autour de femmes et d’hommes qui font chaque garde comme si la prochaine alerte allait tout changer.